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Contrevenants et accusés
Les contraventions … n’est-ce pas un sujet qui fâche plusieurs d’entre nous? La semaine dernière, vous vous êtes fait intercepter par un policier. Après la vérification de vos papiers et plusieurs minutes d’attente, le policier vous remet une contravention (qu’on appelle officiellement un « constat d’infraction ») et vous autorise à partir. Vous y jetez un coup d’œil pour connaître le montant de l’amende: « 100$ ! ». Vous êtes furieux! Le policier vous accuse, selon vous à tort, de ne pas avoir respecté le feu de signalisation au coin du boulevard où il vous a intercepté.
Dans cette capsule, Éducaloi vous explique les principales étapes de la contestation d’une contravention, à partir du moment où vous la recevez jusqu’à la fin du procès. Ces étapes s’appliquent aussi bien pour les contraventions liées à la conduite automobile que pour toute autre contravention.
Un constat d’infraction est un mot bien compliqué pour ce que monsieur et madame Tout le monde appelle une « contravention », un « billet », une « amende » ou encore, un « ticket ».
Un « constat d’infraction » signifie simplement que le policier, ou toute autre personne autorisée à donner une contravention, prétend que vous avez fait quelque chose d’interdit par la loi et qu’il peut le prouver. D’ailleurs, c’est ce constat qui sert de point de départ à la poursuite contre vous si vous ne payez pas l’amende. Le constat indique plus précisément :
Le policier vous remettra généralement le constat d’infraction en main propre, mais il peut aussi vous l’envoyer par la poste ou le mettre sur le pare-brise de la voiture. Sachez qu’un constat d’infraction peut vous être donné pour d’autres raisons que la conduite automobile. Par exemple, on prétend que :
Ce que vous devez faire lorsque vous recevez un constat d’infraction est indiqué sur le constat. Dans tous les cas, vous avez 30 jours à partir du moment où vous le recevez pour plaider coupable ou non coupable et pour envoyer votre réponse à l’adresse indiquée sur le constat.
Comment plaider coupable ou non coupable?
Oui. Tout d’abord, vous pouvez inscrire sur le formulaire de réponse attaché au constat : « Je demande la divulgation de la preuve ». Cela vous permettra d’avoir une copie de la preuve que le poursuivant détient contre vous (voir la question « Ai-je le droit d’avoir une copie du rapport de police? »).
De plus, vous remarquerez un espace sur le formulaire attaché au constat d’infraction où l’on vous invite à expliquer les raisons pour lesquelles vous plaidez non coupable. Sachez que vous n’êtes absolument pas obligé de le remplir. Il peut même être risqué de fournir ces informations puisqu’elles se retrouveront en possession du poursuivant et du juge et qu’elles pourront être utilisées d’une façon que vous n’avez pas envisagée. En pratique, l’information que vous y indiquez est souvent utilisée contre vous et a rarement l’effet escompté (par exemple, l’annulation de l’amende). Sachez qu’il est prudent de vous faire une copie du formulaire avant de l’envoyer et de vous garder une preuve de l’envoi (coupon de poste recommandée, par exemple). Vous recevrez par la suite un avis vous informant de vous rendre à la Cour à une date et heure précises. C’est ce qu’on appelle l’ « avis d’audition ». Finalement, sachez que si vous êtes déclaré coupable, des frais s’ajouteront à l’amende.
La date, l’heure et le lieu du procès sont indiqués dans l’avis d’audition que vous recevrez. Si vous ne vous présentez pas à cette date, le juge peut vous déclarer coupable ou non coupable en votre absence.
Si vous ne pouvez pas être présent à cette date, appelez dès que possible la Cour qui vous a envoyé l’avis d’audition pour demander qu’une autre date soit fixée. La plupart des cours municipales ont des audiences le matin, l’après-midi et le soir. La demande de changement de date se fait généralement par écrit et vous devez absolument donner une raison sérieuse et motivée pour laquelle la date doit être changée. Le juge pourrait exiger que vous veniez vous expliquer en Cour ou de voir certains documents avant d’accepter de changer la date. Il peut aussi refuser de la changer. Attention! La date indiquée sur l’avis d’audition demeure valide tant et aussi longtemps qu’on n’aura pas accepté votre demande de changement de date.
Il n’y a rien de plus rassurant que d’être bien préparé! En étant organisé, vous serez plus efficace et ferez une meilleure impression.
Oui et il est d’ailleurs important que vous le demandiez et que vous en preniez connaissance, comme toute autre preuve en possession du poursuivant.
En effet, si vous en faites la demande, le poursuivant doit vous donner une copie de toute la preuve qu’il possède et qui concerne votre procès, même s’il n’a pas l’intention de s’en servir au procès. Il doit aussi vous mettre au courant de tout objet ou autre preuve qu’il détient contre vous. C’est ce qu’on appelle la «divulgation de la preuve ». Vous pouvez donc obtenir les rapports des policiers qui se sont occupés du dossier, les déclarations écrites des témoins, et même des photos, vidéos, plans, croquis et rapports d’expert. Des frais peuvent être exigés pour l’obtention de copies ou de traduction. Les coordonnées des témoins ne vous seront pas transmises. Attention! C’est votre responsabilité de demander la divulgation de la preuve et ce, dans un délai raisonnable avant le procès. Dans la plupart des cas, il faut envoyer une demande écrite à cet effet au Bureau des infractions et amendes. Pour plus d’information, consultez le site du Bureau des infractions et amendes. Vous pouvez aussi appeler le palais de justice, la cour municipale ou le bureau du poursuivant pour connaître les règles à suivre dans votre localité. Lisez bien attentivement tous les documents qu’on vous donne. Pourquoi? Parce que vous pouvez y trouver des éléments qui vous aideront à prouver que vous avez raison, comme des témoignages qui vous sont favorables. Ils peuvent aussi vous permettre de déterminer si certains témoins se contredisent.
Le policier sera présent au procès si le poursuivant décide qu’il est nécessaire qu’il soit questionné devant le juge.
Le policier n’est donc pas obligé d’être présent puisque le constat qu’il a délivré ou le rapport d’infraction qu’il a rédigé ont la même valeur que s’il venait en Cour dire la même chose de vive voix. Le poursuivant peut donc décider que le constat (ou le rapport) suffit et que la présence en Cour du policier n’est pas nécessaire. D’ailleurs, les policiers viennent rarement en Cour pour témoigner sur des contraventions. Si la présence du policier vous semble essentielle, c’est-à-dire que vous avez besoin de lui poser des questions pour bien vous défendre, vous devez l’exiger à l’avance. Le poursuivant s’assurera alors de sa présence. Attention! Si le juge est d’avis que le constat (ou le rapport) du policier suffisait et que sa présence en Cour n’était pas nécessaire, ce qui est souvent le cas, contrairement à la croyance populaire, il peut vous condamner à payer des frais supplémentaires.
Le matin du procès, habillez-vous de façon conservatrice. Arrivez un peu en avance. Une fois dans le palais de justice ou la cour municipale, trouvez la salle d’audience et mentionnez votre présence au greffier-audiencier, qui est la personne assise au milieu de la salle, en avant du bureau du juge.
Assurez-vous de la présence de vos témoins, s’il y en a. Ayez en main votre dossier bien ordonné et allez vous asseoir dans la salle d’audience en compagnie de vos témoins. Quelques dizaines de personnes peuvent être convoquées à la même heure que vous. Comme les dossiers sont appelés les uns après les autres, il est possible que vous attendiez quelques minutes ou plusieurs heures. Prévoyez donc entre une demi-journée et une journée complète pour contester votre constat. Observez le déroulement des autres procès pour vous familiariser avec la mécanique du procès. Quand vous êtes appelé par le greffier, avancez-vous avec votre dossier.
Dans la salle d’audience, c’est le juge qui prend toutes les décisions. C’est lui qui décidera si vous êtes coupable ou non. Il doit donc bien comprendre votre version de ce qui s’est passé.
Adressez-vous au juge en utilisant l’expression «monsieur le juge» (ou « madame la juge », selon le cas). L’expression «votre seigneurie» n’est plus utilisée. Vous pouvez demander au juge que tous les témoins attendent à l’extérieur de la salle d’audience jusqu’à ce qu’on les appelle pour éviter qu’ils soient influencés par la version des autres témoins. N’oubliez pas que le juge ne connaît pas l’histoire qui lui sera racontée et qu’il a uniquement le constat d’infraction avec lui. Soyez donc clair et précis. La preuve du poursuivant Le poursuivant sera le premier à présenter sa preuve. Elle inclut généralement:
Si le poursuivant a des témoins, il les interroge. Puis, vous pouvez les interroger à votre tour pour qu’ils précisent ou clarifient certaines choses qui peuvent vous être favorables ou pour faire ressortir les contradictions. Mais attention! Interroger le témoin du poursuivant peut être risqué si vous ne maitrisez pas bien la situation. En effet, vous n’avez aucun contrôle sur ce qu’il répondra à vos questions. Pour garder un meilleur contrôle sur le témoignage des témoins du poursuivant, il est préférable de leur poser des questions auxquelles on répond par oui ou par non. Préparez vos questions à l’avance et rappelez-vous qu’elles n’ont pas besoin d’être nombreuses. Les témoins du poursuivant donnent leur version, l’un après l’autre, jusqu'à ce qu’ils soient tous entendus. C’est maintenant le moment de raconter votre histoire au juge et de présenter votre défense, c’est-à-dire votre preuve. Votre défense (votre preuve) La parole est maintenant à vous! Vous pouvez témoigner vous-même et faire entendre vos témoins l’un après l’autre. N’oubliez pas que le poursuivant a le droit de vous poser des questions à la fin de votre témoignage et de faire de même pour chacun de vos témoins. Les plaidoiries Voir la question: « C’est quoi, au juste, l’étape des plaidoiries? ».
Oui, vous avez tout à fait le droit de témoigner à votre procès. Bien que vous n’y soyez pas obligé, votre témoignage est souvent nécessaire puisque vous êtes la meilleure personne pouvant expliquer au juge votre version.
Une chose est sûre : si vous décidez de témoigner, vous devez répondre à toutes les questions qui peuvent vous être posées par le poursuivant ou par le juge. Par contre, vous pouvez vous objecter à une question posée par le poursuivant d’une façon qui ne respecte pas la loi, et ne pas avoir à y répondre si le juge est d’accord avec vous. Voici quelques trucs pour réussir votre témoignage:
Avant ou après votre témoignage, dites au juge que vous avez des témoins à interroger.
Exemple de ce qui pourrait vous être reproché: Vous: Vous rappelez-vous de ce qui s’est passé le soir du 8 décembre 2008? Témoin: Oui. Ma tante m’a téléphoné. Elle m’a dit que vous rouliez en voiture à la limite permise lorsque… Dans cet exemple, le témoin n’a pas vu ni entendu les faits puisqu’il n’était pas là le soir du 8 décembre 2008. Il répète ce qu’une autre personne lui a dit. C’est la « tante » qui aurait dû venir en Cour raconter ce qu’elle a vu et entendu ce soir là. Vous ne pouvez pas non plus donner au juge une lettre écrite par votre tante expliquant ce qui s’est passé.
Exemple d’une façon efficace d’interroger votre témoin: Vous: Vous rappelez-vous de ce qui s’est passé le soir du 8 décembre 2008? Témoin: Oui, bien sûr, j’étais avec vous. Vous: Où étions-nous? Témoin: Sur le boulevard Lajoie, en voiture. Vous: Avons-nous croisé l’intersection boulevard Lajoie et avenue Clerc? Témoin: Oui, je me rappelle. Vous: Vous souvenez vous de la position des feux lorsque nous avons franchi cette intersection? Témoin: Nous nous sommes d’abord arrêtés au feu rouge et quand le feu est passé au vert, nous sommes repartis. Vous: Pourquoi vous en rappelez-vous?
Exemple de ce qui pourrait justifier une objection: Vous: Vous rappelez-vous de ce qui s’est passé le soir du 8 décembre 2008? Votre témoin: Oui. Vous: Nous étions ensemble dans ma voiture sur le boulevard Lajoie, est-ce exact ? Votre témoin: Oui. Vous: Le feu était vert quand nous avons croisé l’avenue Clerc, n’est-ce pas ? Votre témoin: Oui. Lorsque votre témoignage et celui de vos témoins sont terminés, dites au juge que vous avez fini de présenter votre preuve. En principe, il ne sera plus possible d’ajouter quoi que ce soit à votre version à partir de ce moment.
Une image vaut mille mots! Vous avez certainement vu une tonne de plaidoiries dans les films américains: c’est le moment où l’avocat essaie de convaincre le juge que la version de son client est la bonne, en faisant ressortir les points les plus importants.
La plaidoirie est en quelque sorte un résumé de pourquoi vous pensez avoir raison à la lumière de tout ce qui a été dit devant le juge et en tenant compte de votre preuve (photo, permis, reçu, etc.). Attention! Il ne s’agit pas de recommencer votre témoignage. Le juge va vous céder la parole et vous laisser faire vos remarques sur l’infraction qu’on vous reproche et sur la preuve. Si vous avez des commentaires à faire sur le sens à donner à la loi dans votre situation particulière, ou sur les décisions prises par d’autres juges dans des situations semblables à la vôtre, c’est le moment de les faire. Vous devez alors avoir une copie de ces décisions avec vous. Le poursuivant aura aussi l’occasion de faire sa plaidoirie. Après les plaidoiries, la décision est entre les mains du juge.
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