Tribunal des droits de la personne

Témoin
Personnages et notions judiciaires
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Témoin

Je suis… un témoin

Il y a quelques mois, j’étais tranquillement assise chez moi à lire un bon roman, quand un huissier de justice est venu frapper à ma porte. C’est un peu énervant, non? Je pensais que quelqu’un me poursuivait! Mais il s’agissait d’une citation à comparaître m’ordonnant d’aller témoigner à la cour. J’ai vite compris que je devrai raconter devant le Tribunal des droits de la personne des faits dont j’ai eu personnellement connaissance.

La citation à comparaître (aussi appelée « subpoena ») précisait la date et l’heure où je devais me présenter au Tribunal. J’étais un peu mal à l’aise. En effet on me demandait de rapporter des faits dans une cause où le propriétaire du duplex dont je suis concierge, est impliqué : on lui reproche d’avoir fait de la discrimination dans le choix de son locataire. Je m’en souviens bien : l’attitude de monsieur Martineau, toujours si gentil, a changé quand il a aperçu les deux petits garçons qui couraient partout. Il m’avait demandé d’apporter une clé pour la remettre à monsieur Lefebvre si le bail était conclu : la clé est restée dans ma poche.

J’ai peur que monsieur Martineau m’en veuille de témoigner contre lui, mais je n’ai vraiment pas le choix de me soumettre au subpoena. Quand un témoin cité à comparaître ne se présente pas à la cour, le juge peut le faire arrêter et conduire devant lui!

Le subpoena ne précise pas l’heure à laquelle je vais témoigner. Je vais donc devoir prendre ma journée en congé, ce qui va faire un trou dans mon budget de travailleuse autonome. Si j’étais salariée, la loi me protégerait et empêcherait mon patron de prendre des sanctions contre moi. Mais, évidemment, il ne serait pas obligé de me payer ces heures non travaillées.

Il y a quelques jours, j’ai compris qu’il serait préférable que je me prépare un peu. Après tout, les faits qu’on me demande de venir raconter ont eu lieu il y a plus de deux ans. Il me fallait fouiller mes souvenirs, me rappeler des conversations et des dates, bref, me rafraîchir la mémoire. Le grand jour venu, de peur d’arriver en retard, je me suis présentée au Palais de justice plusieurs minutes à l’avance. Au service d’accueil, j’ai vérifié que le numéro de la salle indiquée sur ma citation à comparaître était le bon. Il peut changer : c’est arrivé à ma belle-sœur! Le préposé m’a aussi indiqué où je pouvais aller pour remplir une réclamation de frais de transport et de repas. Ce n’est pas mon salaire de la journée, mais c’est mieux que rien.

Quand je suis arrivée à la salle où devait avoir lieu le procès, la greffière-audiencière a pris bonne note de ma présence. L’avocate qui m’avait assignée comme témoin est venue à ma rencontre. Après s’être présentée et m’avoir serré la main, elle m’a expliqué le déroulement de l’audience. Je me permets de reproduire les petits conseils qu’elle m’a donnés:

  • répondre aux questions posées par les avocats en regardant la juge (c’est parfois difficile!);
  • m’adresser à la juge en disant « Madame la juge » et aux assesseurs en disant « monsieur l’assesseur » ou « madame l’assesseure »;
  • m’assurer d’avoir toujours bien compris la question avant d’y répondre;
  • ne répondre qu’à la question posée;
  • parler fort afin d’être bien entendue;
  • ne pas répondre aux questions par des signes;
  • rester calme et polie tout au long de l’interrogatoire;
  • toujours dire la vérité!


Peu après le début du procès, la juge m’a invitée à quitter la salle en attendant que mon tour vienne afin que mon témoignage ne soit pas influencé par celui du plaignant, monsieur Lefebvre, qui devait être interrogé avant moi. Enfin mon tour est arrivé et l’huissier-audiencier est venu me chercher dans le corridor. On m’a demandé de m’installer à la barre des témoins. La greffière-audiencière m’a alors invitée à donner mes nom, prénom, âge et adresse, et à affirmer solennellement que je dirais la vérité. J’ai été interrogée, en premier lieu, par l’avocate de la Commission des droits de la personne et des droits de la jeunesse. Jusque là, tout allait bien.

Par la suite, l’avocat du défendeur m’a posé des questions. Il semblait vouloir me prendre en défaut, comme si je n’étais pas vraiment certaine de ce que j’avais vu. Il m’a également posé des questions auxquelles j’aurais préféré ne pas répondre. Mais on m’avait bien expliqué que le fait de refuser de répondre aux questions m’exposait à un outrage au tribunal. Je n’avais pas envie de finir la journée en payant une amende ou en me rongeant les ongles dans une cellule! Une demi-heure après, tout a enfin été terminé ! J’étais brûlée et exténuée, mais fière de moi. J’avais rempli mon devoir de bonne citoyenne. Et j’ai enfin pu voir de près comment fonctionne notre système de justice.
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