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![]() Cour supérieure - En matière civile
Procureur du défendeurDans les films, on voit parfois le procureur du défendeur arriver en courant dans la salle d’audience, toge au vent pour annoncer au juge qu’il a un dernier témoin à faire entendre. Bien sûr, ce témoignage-surprise fait toujours échouer la poursuite du demandeur. Quoique mon travail soit palpitant, ce n’est pas vraiment ainsi que ça se déroule.On s’imagine souvent que je passe mes journées entières au palais de justice. Or, moins de la moitié de mes dossiers aboutissent à un procès. Mon travail est donc beaucoup plus vaste et varié que vous ne le pensez. Tout commence souvent par un coup de fil de mon client. Celui-ci vient parfois de recevoir une mise en demeure, une déclaration, ou il s’inquiète de la tournure de certains événements. Je tente alors d’obtenir le plus d’information possible sur le dossier afin de me faire une idée juste de la situation. Je discute ensuite avec mon client des actions à entreprendre pour régler le litige à sa satisfaction. Souvent, mon client vit des moments très difficiles. J’essaie donc de répondre à toutes ses questions afin de le rassurer et, à tout le moins, de bien le renseigner sur la suite des événements. Mon devoir de conseil me met parfois dans des situations délicates. La semaine dernière, par exemple, un de mes clients est arrivé en furie dans mon bureau. Il venait de recevoir une déclaration. On poursuit son entreprise pour une mauvaise exécution de travaux à une maison en construction. Ses instructions sont claires : il veut la guerre ! J’ai pris le temps de bien étudier le dossier, ce qui m’a convaincu que la compagnie de mon client était bel et bien responsable des dommages causés à la maison. Vous pouvez vous imaginer que mon client n’était pas très content lorsque je lui ai communiqué le résultat de mes recherches. Quoi qu’il en soit, il refuse de négocier un règlement à l’amiable et me donne le mandat de contester toute demande émanant de la partie adverse. Même si je suis son conseiller, je ne peux pas prendre de décision à sa place et je dois suivre ses instructions. Comme vous le constatez, mon travail demande beaucoup de patience et de rigueur : je dois m’assurer de bien comprendre les faits du dossier pour ensuite prendre le temps de réfléchir, d’étudier le problème et de faire les recherches nécessaires afin d’en contrôler tous les aspects. Comme mon client devra vivre avec les conséquences des conseils que je lui donne, je ne peux me permettre de lui dire n’importe quoi sans en peser le pour et le contre. Je dirais que l’aspect le plus méconnu de mon travail est toute la recherche juridique que je dois effectuer. S’il y a des contrats, des plans ou tout autre document pertinent à la cause, j’en prends connaissance et je les analyse en profondeur. Je dois par la suite identifier les questions d’ordre juridique qui se posent, trouver quelles lois ou quels règlements s’appliquent au dossier et de quelle façon ils ont été interprétés par les tribunaux dans des affaires similaires. Je lis également les textes des auteurs qui ont traité de ces questions. Bref, la recherche me demande beaucoup de temps. Je dois aussi demander à mon client d’être patient. Bien sûr, il aimerait que le litige soit réglé très rapidement. Mais je dois lui faire comprendre qu’il est nécessaire de passer par toutes les étapes du processus judiciaire afin de connaître l’ensemble de la preuve et les arguments de la partie adverse en vue d’assurer une défense adéquate. Le temps adoucit souvent les mœurs et, après quelques mois, il n’est pas rare que les deux parties en viennent à un accord, généralement à leur avantage mutuel. Je ne représente pas toujours les intérêts du défendeur; à l’occasion, j’agis également comme procureur du demandeur. Toutefois, mon rôle de procureur du défendeur me plaît particulièrement. En effet, il représente un défi des plus intéressants. Comme aux échecs, j’attends que l’adversaire bouge pour découvrir sa stratégie. Je dois alors trouver les failles dans son dossier et préparer la réplique du défendeur dans le but de démontrer que mon client n’est pas responsable de ce qu’on lui reproche. Cela demande beaucoup d’ingéniosité, et j’ai besoin de toute ma concentration, surtout en cour, pour exploiter tous les détails qui pourraient jouer en faveur de mon client. C’est ce qui fait de moi un spécialiste du contre-interrogatoire ! Je suis passé maître dans l’art de faire parler les gens et de les amener à se contredire. Je sais que je ne suis pas très apprécié des témoins mais, que voulez-vous, je fais mon boulot ! Après toutes ces années de pratique, je suis toujours passionné par mon travail. J’apprends de nouvelles choses chaque jour. Quand je représente un vendeur d’électroménagers, j’apprends comment fonctionne un frigo. Lorsque je défends un gérant d’artistes, je découvre les rouages du milieu artistique… J’aime bien la diversité que m’apporte ma profession. J’assiste mes clients dans leurs dossiers litigieux, je peux rédiger leurs contrats d’affaires, je les conseille relativement à la structure de leur entreprise et je suis bien souvent au courant de tout ce qui se passe dans leur compagnie, que je sois l’avocat au dossier ou qu’un de mes collègues s’occupe d’une question qui n’est pas ma spécialité. Comment voulez-vous ne pas être accro d’une profession qui vous offre toutes ces opportunités ? |