Cour supérieure - En matière civile

Juge
Personnages et notions judiciaires
Juge Huissier Audiencier Greffier Audiencier Témoin Public Enregistrement Défendeur Procureur du demandeur Procureur du défendeur

Juge

Je suis juge à la Cour supérieure depuis près de 12 ans maintenant. Je siège en matière civile. Avant d’être nommé juge, j’ai pratiqué comme avocat pendant plus de 12 ans dans des domaines aussi variés que le droit des affaires, le droit immobilier et le droit commercial. J’ai donc touché à presque tout ce qui s’appelle « droit civil ». Le métier de juge ne s’apprend pas sur les bancs d’école, mais par la pratique du droit. Ces nombreuses années à travailler comme avocat m’ont donc très bien préparé à devenir magistrat.

J’ai toujours rêvé d’être juge un jour. C’était pour moi l’aboutissement normal de mon cheminement de carrière. La dimension sociale du rôle de juge m’a toujours attiré : j’ai le sentiment d’être utile et de rendre service à la société. De plus, le défi sur le plan juridique que représente chaque cause est très stimulant.

Être juge n’est pas qu’un privilège; c’est aussi une lourde responsabilité. Mon poste exige de moi un haut degré d’équité et d’impartialité. Aucune personne raisonnable et bien informée ne doit avoir de doute sur ma capacité à rendre justice en toute impartialité, car cela constitue le fondement même de notre système de justice. C’est la raison pour laquelle certaines activités me sont interdites, comme celles liées à la politique. De plus, je dois éviter de me mettre en situation de conflit d’intérêts ou d’apparence de conflit d’intérêts. C’est pourquoi je ne peux entendre une cause où j’ai un intérêt personnel ou un lien quelconque avec l’une des parties ou l’un des avocats. Par exemple, il y a quelques années, j’ai dû me récuser dans une affaire où l’avocat du demandeur était un de mes anciens associés et toujours un bon ami.

Être un « bon » juge requiert aussi certaines aptitudes particulières. Selon moi, l’une des premières qualités que doit posséder un juge est sa capacité à avoir une écoute attentive. Certains procès sont longs. Je peux passer des semaines, voire des mois à entendre la preuve des deux parties et à écouter de nombreux témoins. Tout ceci demande beaucoup de concentration et d’attention. Ça peut être très exigeant tant mentalement que physiquement, mais c’est nécessaire. Je dois entendre toute la preuve si je veux rendre une décision juste et bien fondée.

Deux autres qualités que je trouve importantes et que j’ai dû acquérir au fil des ans sont la gestion efficace de mon temps et un grand sens de l’organisation. En effet, une fois un procès terminé, il me faut statuer. Je préfère rendre mes décisions par écrit afin de bien peser mes mots et ne pas me laisser aller à des excès de langage qui pourraient faire la une des journaux le lendemain. Lorsqu’un procès a été long et que la cause est complexe, la préparation de mon jugement requiert beaucoup de recherche, de réflexion et un important travail de rédaction. Même si plusieurs personnes m’aident dans ces différents aspects de ma tâche, ceci me demande beaucoup de travail. Toutefois, le temps dont je dispose pour faire tout cela est souvent restreint puisque j’ai à présider un nouveau procès peu de temps après. Pour ne pas oublier les éléments de la cause et la preuve faite devant moi, il est préférable que je ne tarde pas afin de rendre ma décision le plus vite possible, ce qui, d’ailleurs, fait généralement l’affaire des parties au litige qui l’attendent avec impatience.

À titre de juge, mon rôle n’est pas d’agir en tant qu’arbitre, comme plusieurs le croient, mais bien d’apprécier les faits mis en preuve lors du procès et d’appliquer la loi en fonction de cette preuve. Je dois m’assurer que les débats entre les parties se font le plus harmonieusement et le plus équitablement possible dans le but de faciliter la recherche de la vérité. J’agis un peu comme le maître de la salle d’audience, en y imposant mon rythme et en y assurant l’ordre.

Bien que je ne puisse me substituer aux procureurs des parties, il peut m’arriver de jouer un rôle plus actif au procès. En effet, à l’occasion, je pose moi-même des questions aux témoins lorsque je l’estime utile. Il peut également m’arriver de trouver que la preuve présentée devant moi par les avocats est insuffisante pour que justice soit bien rendue. Je leur demande alors de combler certaines lacunes et de compléter leur preuve.

Un des aspects particulièrement importants de mon rôle de juge de première instance est l’appréciation des témoignages faits devant moi. C’est une tâche très délicate qui demande beaucoup de sensibilité et de perspicacité. En plus d’avoir à évaluer un témoignage en lui-même, c’est-à-dire les paroles prononcées devant moi, il faut que je m’attarde à l’attitude du témoin et à son langage non verbal. Je dois aussi faire très attention de ne pas être influencé par ma culture et mes valeurs, ce qui viendrait fausser mon jugement. C’est pourquoi des cours de formation sur les réalités sociales sont donnés aux juges dans le but de les aider à mieux comprendre les différences culturelles et ainsi faciliter leur compréhension de la société dans laquelle nous vivons.

Être juge est donc une lourde tâche que je tente de remplir avec toute l’honnêteté dont je suis capable. Chaque citoyen qui se présente devant moi doit être convaincu que je considère sa cause comme importante. Ma décision fera nécessairement des mécontents; c’est dans l’ordre des choses. Mais ce qui est fondamental pour moi est de savoir qu’en fonction des faits présentés devant moi le droit a été appliqué et que justice a été rendue.
© Éducaloi  |  Design Web = Egzakt