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![]() Cour du Québec - Chambre criminelle et pénale
TémoinJe suis le témoin, la «matière première» de la justice. Sans les témoins, il serait souvent difficile, voire impossible, de faire ressortir la vérité devant un tribunal.Il y a presque un an, j'ai été témoin d'une agression dans la rue. Il y a quelques jours, j’ai reçu par la poste une convocation pour venir témoigner à la cour. Je me suis présentée au palais de justice à 9 heures le matin du jour prévu. C’est « la poursuite » qui m’a convoquée. Sur place, un policier m’a dirigée vers une petite pièce, une sorte de salle d’attente où tous les gens convoqués à titre de témoin comme moi, attendent leur tour. Le policier enquêteur chargé du dossier est venu me rencontrer. Il m’a saluée et m’a remis une copie de « ma déclaration » écrite le lendemain de l'agression. Je l’ai lue rapidement, car je me rappelle bien cette nuit. Quelques minutes après, la procureure de la Couronne, une avocate portant une sorte de robe noire, s’est présentée à moi. Elle m’a dit qu’elle ne savait pas encore exactement quand je témoignerais, qu’elle ferait tout en son pouvoir pour que je témoigne bientôt. Ça ne me dérange pas tellement d’attendre, même si je prends une journée de congé à mes frais, mais je ne comprends toujours pas pourquoi est-ce que je dois venir témoigner. J’ai écrit tout ce que je savais dans ma déclaration. Ils n’ont qu’à montrer cette déclaration au juge ! Après le dîner, c’était notre tour. Je suis allée m’asseoir dans la salle d’audience. Une fois tout le monde présent, le juge m’a demandé d’aller attendre dans le corridor pour éviter d’entendre le témoignage des autres témoins. Il paraît que c’est normal d’être ainsi «exclu» de la salle d’audience. Une heure plus tard, on m’a demandé d’entrer. En témoignant, je me suis aperçue que ce que les avocats et le juge voulaient savoir, allait bien plus loin que les quelques lignes de ma déclaration, écrite sur le coin d’une table au poste de police. Après une vingtaine de minutes, la procureure de la Couronne a déclaré ne plus avoir de questions à me poser. Ouf! J’étais soulagée, je pensais que c’était la fin. Pas du tout! L’avocat de l’accusé s’est levé et s’est aussitôt mis à me poser une kyrielle de questions. Ensuite, il me montrait sans arrêt ma déclaration que, malheureusement, je n’avais relue que brièvement avant de témoigner. L’avocat insistait constamment sur les différences existant entre cette déclaration écrite et mon témoignage. En répondant à ses questions, je me suis aperçue que des détails importants m’échappaient, comme par exemple la couleur des yeux de l'agresseur. Cet avocat semblait alors insinuer que je ne disais pas la vérité. Quelle impression désagréable! Du coup, je n’étais plus sûre du tout de reconnaître l’accusé comme étant celui que j’ai vu dans la rue le soir de l'agression. La mémoire nous joue de ces tours! Finalement, je me suis sentie au pied du mur. J’étais partagée entre dire que je n’étais plus certaine de ma version et «tenir mon bout» pour ne pas perdre la face. Même si cet avocat était très respectueux envers moi, je ne voulais pas qu’il gagne en me faisant avoir l’air d’une idiote. J’avais l’impression, fausse bien sûr, que c’était mon procès et non plus celui de l’accusé. J’ai décidé d’être une bonne citoyenne et de rester honnête : j’ai avoué mes doutes sur l’identité de l’agresseur. Une autre chose était très difficile : les questions m’étaient posées par les avocats (qui étaient situés un à ma gauche et un à ma droite) et mes réponses devaient s’adresser au juge. J’avais tendance à répondre à l’avocat qui me questionnait, mais le juge m’a rappelée à l’ordre quelques fois : « Parlez dans ma direction madame, c’est moi qui doit prendre une décision à la fin du procès, pas les avocats!». Après deux heures de témoignage, j’étais épuisée. Ensuite, il y a eu d’autres témoins, dont l’accusé, qui a prétendu n’avoir jamais agressé qui que ce soit. Après avoir entendu toute la preuve, le juge avait des doutes et il a acquitté l’accusé. Avant de partir, je suis passée par le greffe pour me faire taxer, c’est-à-dire recevoir mon salaire de témoin. En effet, les témoins reçoivent une petite allocation pour leur présence à la cour. Témoigner n’est pas une expérience facile. Si un jour j’étais victime d’une infraction, je serais bien contente qu’une personne comme moi soit là pour voir ou entendre ce qui s’est passé et puisse ainsi participer à faire connaître la vérité au juge. Je lui serais reconnaissante de s’être présentée comme je l’ai fait aujourd’hui. |