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![]() Cour du Québec - Chambre criminelle et pénale
JugeJe suis juge à la Cour du Québec depuis maintenant près de 12 ans. En fait, j’ai toujours voulu devenir juge. Ce métier m’a toujours attirée en raison de la noblesse des tâches du juge : rechercher la vérité et rendre justice. Le droit criminel est ma spécialité. Avant ma nomination, alors que j’étais avocate, je travaillais comme procureure de la Couronne. J’ai plaidé toutes sortes de causes allant du vol à l’étalage au meurtre. Ces années de pratique du droit criminel m’ont bien préparée à devenir juge à la Cour du Québec en cette matière. Depuis que je suis juge, j’ai presque toujours été assignée à des causes en matière criminelle.Tous les jours, mes fonctions m’obligent à prendre des décisions. Heureusement, je suis à l’aise avec le processus décisionnel. Évidemment, certaines décisions sont plus difficiles à prendre que d’autres. Par exemple, au stade de l’enquête sur mise en liberté, choisir entre libérer ou détenir provisoirement une personne accusée d’un crime violent est préoccupant. La loi prévoit que l’accusé est présumé innocent à ce stade et en cas de doute sur sa dangerosité, je dois lui rendre sa liberté. Dans ces cas, la difficulté n’est pas tant d’être capable de rendre jugement, c’est plutôt le fait de vivre ensuite avec les conséquences de ce jugement qui peut être difficile. Les procès d’agression sexuelle impliquant de jeunes enfants m’entraînent souvent vers des décisions difficiles à prendre. Durant l’audition de ce genre de dossier, il faut rester calme et respecter les gens présents. En gardant le contrôle des gens dans la salle d’audience, je favorise une ambiance sereine et cela aide grandement à ce que justice soit rendue. Par contre, les dossiers techniques, comme ceux de fraude ou de drogue qui sont généralement moins chargés en émotions, me touchent moins sur le plan personnel. De plus, ces affaires requièrent une approche différente et les débats portent plutôt sur des questions de droit. La juriste en moi y trouve beaucoup d’intérêt et de stimulation intellectuelle. Lorsque je revêts ma toge et mon rabat, j’essaie de me détacher de la personne que je suis pour adopter mon rôle de juge. Il me faut laisser mes préjugés ou mes opinions personnelles en dehors de la salle d’audience et me placer au dessus des opinions morales pour juger de façon impartiale, sans parti pris. En tant que juge, je n’ai pas à défendre mes intérêts ni les intérêts d’une autre personne ni ceux d’un groupe de personnes. J’applique la loi, je ne la fais pas. Paradoxalement, je crois que, pour bien juger, il faut avoir un certain vécu et aussi faire preuve d’ouverture d’esprit. Ma personnalité doit servir de toile de fond à mon rôle de juge, sans venir me déranger ou m’influencer quand c’est le temps de décider. Dans certaines des causes que je préside, je dois composer avec les médias qui suivent et rapportent le déroulement des procédures. La présence des médias ne me dérange pas et n’influence pas mes décisions. Cependant les médias ne prennent que rarement le temps d’expliquer vraiment les principes qui fondent les décisions judiciaires, il vaut donc mieux que je m’exprime le plus clairement possible dans mes décisions. Un jugement important d’une centaine de pages est parfois couvert par un seul reportage d’une minute et demie. Soyons réalistes, certains concepts juridiques ne s’expliquent tout simplement pas en quelques secondes. Le fait d’être bien comprise devient aussi important lorsque les décisions que je rends sont contestées en appel. Je vis bien avec la possibilité de me faire dire par une cour d’appel que je me suis trompée dans une de mes décisions. Par contre, lorsqu’une de mes décisions est renversée parce que je me suis mal exprimée dans mon jugement et que la cour d’appel ne m’a pas comprise, la pilule est plus difficile à avaler. J’ai alors l’impression de ne pas avoir bien fait mon travail. Peu importe les côtés moins agréables de ma profession, j’adore être juge. C’est un travail passionnant. Je suis très fière d’avoir réussi à devenir juge, c’est en quelque sorte l’aboutissement idéal dans la carrière d’un juriste. Bon, maintenant je dois y aller, on m’attend dans une salle d’audience. |