Cour du Québec - Chambre civile

Juge
Personnages et notions judiciaires
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Je suis juge à la Cour du Québec depuis environ 10 ans. Avant d’être juge, j’ai été avocate pendant plus de 15 ans. Je pratiquais alors dans le domaine du litige dans un cabinet renommé de Montréal. Si je n’ai pas toujours pensé devenir juge, l’idée a commencé à germer lorsque l’un de mes confrères avocats a été nommé à ce poste. L’enthousiasme de mon confrère pour sa nouvelle profession a grandement suscité mon intérêt. Finalement, au bout de quelques années, j’ai été nommée à mes nouvelles fonctions de juge : une carrière des plus passionnantes s’amorçait alors!

La profession de juge diffère en plusieurs points de celle d’avocat. J’ai dû me réajuster. L’avocat tente de défendre son client au meilleur de ses connaissances et de ses compétences. Le juge, de son côté, tente de régler un problème qui perdure entre des personnes qui n’ont pas réussi à s’entendre. Il intervient en dernier ressort. Il entend alors les parties, sans parti pris, et tranche selon la preuve que les avocats lui présentent et le droit applicable, tout en s’assurant que le débat se fait équitablement. Le juge doit évidemment avoir de bons réflexes juridiques et le fait d’avoir pratiqué comme avocate avant d’être juge est un atout important à cet égard. Si mes vieilles habitudes d’avocate m’inciteraient parfois à poser plus de questions aux parties, je dois me rappeler que le juge doit laisser ce travail aux avocats.

Je pense qu’un juge doit avoir un bon sens de l’écoute et se doit d’être patient et respectueux envers les personnes qui se présentent devant lui. Si pour moi il s’agit de la centième cause dans le cadre de ma carrière, pour les parties, c’est bien souvent LEUR journée. Je dois leur accorder toute l’attention nécessaire et créer l’atmosphère propice au bon déroulement du dossier.

Inévitablement, il y a certains aspects de ma profession que je trouve plus difficiles. Par exemple, il peut m’arriver de rendre une décision fondée en droit, mais que je trouve difficile à accepter sur le plan moral. Le juge ne doit toutefois pas rendre des décisions sur la base de ses convictions personnelles. Les règles jouent un rôle important dans notre société et elles fournissent des repères utiles aux citoyens qui doivent pouvoir s’y fier. Même si je garde une certaine latitude dans l’appréciation des témoignages et de la preuve, je dois être vigilante à cet égard. Dans la même veine, il n’est pas toujours aisé de déterminer qui dit vrai et qui dit faux dans des témoignages contradictoires… je fais de mon mieux pour découvrir la vérité, mais malheureusement, il n’existe pas de technique infaillible.

Les juges, de part leur devoir de réserve, ne peuvent expliquer publiquement leurs décisions. Ce devoir est essentiel pour préserver l’honneur et la crédibilité de ma profession, mais je trouve parfois ardu de ne pouvoir justifier publiquement une décision que j’ai rendue et qui a pu être critiquée par les médias. C’est toutefois aux tribunaux d’appel que revient le rôle de réviser nos décisions.

Même si le rôle de juge comporte de nombreuses responsabilités, je le trouve très valorisant et je me sens privilégiée de pouvoir l’exercer. J’espère que ces quelques lignes vous auront permis d’en savoir un peu plus.

En terminant, j’aimerais dire aux justiciables que si la cour leur semble parfois bien intimidante, ils doivent se rappeler que le juge est là pour servir la société et qu’il est un être humain tout comme eux.
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